Jour 1 – Montréal à Paris : une bataille d’accoudoir et un réveil en mouvement – 20-21 mars 2026

Huit heures.

Huit longues heures suspendues entre deux continents, coincé dans un espace trop étroit pour vraiment exister, mais trop réel pour être ignoré.

Mon vol de nuit entre Montréal et Paris avait pourtant tout pour être simple : dormir, arriver, commencer l’aventure.

Mais j’avais sous-estimé un élément clé.

L’accoudoir.

À ma droite, une dame sympathique. Du moins, en apparence.

Très vite, une tension silencieuse s’installe. Sans un mot, nous entrons dans une guerre froide — un affrontement passif-agressif pour la conquête du territoire le plus stratégique de la classe économique: l’accoudoir partagé.

Chaque mouvement devient calculé.

Chaque retrait, une défaite.

Chaque tentative de reprise, une déclaration de guerre.

Impossible de dormir.

Impossible de céder.

Huit heures plus tard, je descends de l’avion avec la sensation d’avoir perdu une bataille invisible… et surtout, une nuit complète de sommeil.

L’atterrissage : quand le cerveau refuse de collaborer

Arrivé à Paris, une évidence s’impose rapidement :

je ne suis plus en mesure de réfléchir.

La fatigue transforme chaque décision en équation complexe.

Je dois simplement… prendre un transport.

Mais même ça devient un défi.

J’essaie d’ouvrir un compte pour le transport public. Échec.

Je me dirige vers une machine à billets. Les options ne correspondent pas à ce que j’ai vu.

Je relis. Je reviens en arrière. Je doute.

Pendant un moment, je suis figé entre deux écrans, incapable de décider.

Puis, presque par instinct de survie plus que par logique, je trouve une solution.

Mission accomplie… en quelque sorte.

Le long trajet vers quelque chose qui ressemble à du repos

Le trajet est long. Très long.

Le métro parisien devient une sorte de tunnel entre deux états de conscience.

Je m’assois… et immédiatement, je sombre.

Je me réveille en sursaut au son désagréable des alertes.

Pas question de manquer mon arrêt.

Je lutte activement contre le sommeil, comme si rester éveillé devenait une performance physique.

Chaque station est une victoire.

Un refuge temporaire

J’arrive finalement à mon hébergement.

Check-in rapide.

Dortoir à quatre. Étonnamment confortable.

Je m’étends. Juste quelques minutes.

Je m’endors.

Le retour à la réalité

Je me réveille dans un état étrange — entre deux fuseaux horaires, entre deux versions de moi-même.

Premier réflexe : écrire à ma famille.

« Je suis arrivé. Tout est correct. »

Un message simple, mais essentiel. Une ancre.

Une pizza, un accent, un moment humain

Je sors.

Pas de grande exploration. Pas encore.

Juste une mission simple : manger.

Je tombe sur une petite pizzeria. Rien de compliqué. Parfait.

Je commande.

Et là — un moment inattendu.

L’employé me regarde, sourit :

« T’es Québécois, toi ? »

Son enthousiasme est immédiat, presque contagieux.

Pendant quelques secondes, Paris disparaît. Il ne reste que cette connexion instantanée, familière, improbable.

C’est le premier vrai moment léger de la journée.

Direction : la Tour Eiffel (ou du moins, l’idée de)

Je reprends le métro.

Objectif : passer près de la Tour Eiffel.

Quarante-cinq minutes de trajet.

Quarante-cinq minutes entre l’intention et la réalité.

Fatigué, mais déterminé.

Porté par une idée simple : voir quelque chose de grand, pour marquer le début.

Conclusion : survivre au premier jour

Cette journée n’a rien d’un cliché de carte postale.

Elle est faite de fatigue, de confusion, de petites victoires invisibles : obtenir un billet de métro, ne pas manquer son arrêt, trouver un lit, manger, envoyer un message.

Mais c’est exactement ça, arriver quelque part pour de vrai.

Pas une version idéalisée.

Une version humaine.

Et demain ?

Demain, je serai peut-être enfin réveillé.


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