Jour 7 – Florence, version intérieure – 28 mars 2026

Je me réveille sans bruit.

Trop calme, presque reposé, presque suspect.

La chambre de l’hostel respire lentement. Les murs pâles, le bois ancien, l’air froid resté coincé quelque part entre la nuit et le matin. J’ai dormi profondément… mais ma gorge brûle un peu. Le genre de douleur qui rappelle que la nuit était près du zéro.

Je m’approche de la fenêtre. Immense. Bois épais. Elle monte jusqu’au plafond comme une porte vers autre chose.

Et là — juste en face — la chapelle des Médicis.

Massive. Silencieuse.

Un tombeau de pouvoir, littéralement.

Les Médicis, une famille qui a tenu Florence comme on tient une pièce d’échecs… et qui repose maintenant là, immobile. C’est incroyable quand on sait et comprend bien ce que cela signifie! Faites vos recherches Google! Googlez ça! La famille Médicis de Florence.

Ok… ça commence bien une journée.

Le cuir, les regards

Dehors, le froid pince encore les doigts, mais la ville est déjà en mouvement.

Je me glisse dans les rues du marché du cuir. Une succession d’étals, d’odeurs, de textures. Cuir neuf. Cuir vieilli. Cuir qui promet.

— « Very good price, my friend! »

Un vendeur attrape une ceinture, la plie, la fait claquer.

— « Real leather. Touch. »

Je touche. C’est vrai que c’est beau.

Des touristes négocient maladroitement.

Des regards rapides.

Des micro-sourires.

Des échanges dans toutes les langues sauf l’italien.

Un gars passe à côté de moi, téléphone à la main, manque de me rentrer dedans.

— « Sorry— »

— « Yeah… »

Personne ne s’arrête vraiment.

Tout le monde circule.

Marché Central — pause suspendue

Je trouve refuge au Mercato Centrale.

Changement complet d’atmosphère.

Chaleur.

Bruit contrôlé.

Odeurs grasses, riches, enveloppantes.

Je prends un café. Amer. Parfait.

Je m’installe près d’une fenêtre. En bas, une école de cuisine. Des gens en tablier blanc. Concentrés. Un chef qui parle vite avec les mains.

— « No, no, così! Guarda! »

Les gestes sont précis.

Les élèves hochent la tête comme si leur vie en dépendait.

Autour de moi, ça mange. Ça rit. Ça mastique.

Des kiosques partout : pâtes fraîches, viandes suspendues, fromages qui transpirent doucement. Pistaches, truffes, sauces épaisses dans des bocaux brillants.

Je reste là. Juste… regarder.

Respirer.

****

Samedi — saturation humaine

Je retourne dans les rues.

Erreur.

C’est samedi.

Une chorégraphie chaotique de corps qui s’évitent mal sur des trottoirs trop petits.

Des regards absents.

Téléphones levés.

Selfies.

Stops brusques.

— « Wait wait, photo! »

Je zigzague.

Des gens sont insultés par ma présence dans certaines de leurs photos. Une dame prend la moitié de la rue pour prendre une photo de son amie 20 pieds plus loin. Elle bloque l’ensemble de la rue par sa présence. L’humanité ira mieux quand hommes utiliseront leurs zoom (zoom in et zoom out).

Je soupire. Les gens !!!

Ok… ça c’est Florence.

La poste — un autre siècle

Changement de mission.

Cartes postales.

Je pousse la porte de la poste italienne. Ambiance figée. Lumière blanche. Silence administratif.

Je m’approche.

— « Posso avere… dieci francobolli, per favore? »

La dame me regarde. Sourit légèrement.

Elle ralentit.

— « Dieci… sì… per il Canada? »

Elle articule chaque syllabe comme si elle déposait des objets fragiles entre nous.

On se comprend.

50 dollars canadiens pour dix timbres.

Je ne pose pas de questions.

Je m’assois. J’écris.

Des mots qui voyageront plus lentement que moi.

La poste ferme.

Je panique un peu.

— « Scusi… dove…? »

Je mime. Elle comprend.

Elle me fait signe.

— « Vieni. »

Je la suis. Comme un enfant à donner mes cartes postales.

Le cuir — version institution

Je marche jusqu’à l’école du cuir.

Un autre monde.

Silence.

Concentration.

Odeur profonde, presque sérieuse.

Des étudiants penchés sur des pièces. Des outils précis. Pas de musique. Pas de vente agressive.

Ici, on fabrique.

On ne vend pas.

Je reste quelques minutes.

Respect. Respect pour l’art. Respect pour le travail.

Faim — et erreur stratégique

14h approche.

Je n’ai rien mangé.

Je cherche LE sandwich.

Erreur.

Files d’attente.

Files d’attente.

Files d’attente.

Je marche. 30 minutes.

Je sors du flux.

Je trouve un petit restaurant. Bien coté. Presque parfait sur papier.

Je m’assois.

— « What would you like? »

Le sandwich arrive.

Magnifique.

Pain doré.

Viande.

Fromage crémeux.

Pistaches.

Truffe.

Ok… ça va être incroyable.

Je croque.

Non.

Le pain résiste.

Ma mâchoire aussi.

Je réessaie.

Pire.

Je sens mes gencives se faire attaquer. Littéralement.

— « Ok… non… »

J’enlève un bout.

Je tente de négocier avec moi-même.

Quelques bouchées.

Douleur.

J’abandonne. David contre Goliath. Je suis clairement Goliath et j’ai perdu.

Le propriétaire regarde mon assiette.

— « Everything ok? »

— « Yes… it’s just… too much. Thank you. »

Mensonge poli.

Je paie.

Je sors.

Humiliation douce.

Bouche en feu.

Je marche dans les rues et me console en regardant les merveilleux graffiti. J’ai une pensée bien particulière à propos des graffiti. J’avais imaginé une nouvelle méthode scientifique en sociologie… demandez-moi.

Fuite vers la gare

Je marche. Encore 30 minutes.

Je pense à partir.

À la gare, je demande :

— « Is it possible to take an earlier train? »

— « 17:00… but already delayed. Maybe more. Extra 19 euros. »

Je hoche la tête. « No, grazie. Grazie mille »

Je ne décide rien.

Je marche dans la gare sans but.

Temps suspendu.

Retour au Marché — incident

Je suis retourné au Marché central de Florence pour relaxer. Après avoir acheté un repas — une petite pizza carrée aux pistaches — j’ai trouvé une astuce pour être tranquille. Il existe des endroits à l’écart des gens où je peux me reposer seul. Un coin caché à une troisième étape dérobée.

Astuce trouvée.

Petite pizza carrée aux pistaches.

Enfin quelque chose de mangeable.

Je mange lentement.

Puis — chute.

Soudain, une femme tombe au sol et semble perdre conscience.

Silence coupé net.

— « Call someone! »

— « Ambulanza! »

Les gens se rapprochent.

Je me lève à moitié.

Réflexe.

Je me souviens alors pourquoi je voulais mettre à jour mes formations de secourisme. Ce n’est pas que je n’ai pas essayé. Je m’étais inscrit, au travail, à une formation en ligne au CISSSME. Finalement, la formation portait davantage sur les interventions auprès des femmes enceintes en tant que premier répondant. Je ne l’ai pas complétée, car elle s’adressait surtout à des infirmières diplômées. Et ces infirmières ne sont pas toutes comme celles qu’on voit dans la série « Le Cœur a ses raisons ».

**** Le Cœur a ses raisons … infirmière diplômé.

Bref… je m’égare.

Je reste là. Entre deux décisions.

Elle reprend conscience. Pleure.

Pas de sang.

Juste de l’humain.

Je me rassois.

Ok… note mentale.

****

Dérive

Un pigeon atterrit.

Puis un autre. — « Non… non… allez… »

Ils avancent. — « Bordel… »

Je protège ma pizza.

17:23 — le vide

Encore plus de deux heures.

Je pense à Venise.

À mon sac.

À Ryanair.

À cette obsession ridicule de faire entrer toute ma vie dans un bagage trop petit.

Et soudain, ça me revient.

Une scène.

Schitt’s Creek

Une compagnie aérienne cheap Larry Air (saison 6, épisode 3).

Des règles absurdes.

Un sourire forcé.

Je souris.

Parce que… c’est exactement ça.

Je regarde autour.

Des gens mangent.

D’autres courent.

Certains tombent.

Et moi, je suis là.

Entre deux trains.

Entre deux villes.

Avec un sandwich raté, des cartes postales en route, et une journée qui n’a pas suivi le plan.


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