5h00.
Le genre d’heure où même la ville hésite encore à exister.
Tout est silencieux, presque figé.
Je plie mes affaires en automatique. Double vérification. Toujours. Comme si oublier quelque chose allait briser toute la suite du voyage.
— « Ok… passeport, chargeur, billet… ok. »
Je ferme mon sac. Zip.
C’est parti.
Le faux départ
Dehors, l’air est froid, un peu humide.
Les rues de Mestre sont vides, éclairées par des lampadaires fatigués. Quelques silhouettes avancent vite, tête basse. Personne ne parle. Des zombies en mission.

J’arrive à l’arrêt. 5h30.
L’autobus est là.
Une personne court. Sac qui rebondit. Respiration coupée.
— « Aspetta ! ASPETTA ! »
Trop tard.
Les portes se ferment.
Le chauffeur ne regarde même pas. Le bus part.
La personne frappe dans la vitre. Un geste désespéré, presque absurde.
Personne ne réagit.
Silence.
Je regarde la scène… puis l’horaire.
Je le connais déjà.
— « Il y en a un autre dans 20 minutes… »
Petit sourire intérieur.
Apprendre les horaires par cœur, finalement, ça sert.

Transition
Le temps s’étire.
Un homme à côté de moi soupire.
— « Sempre così… »
Je hoche la tête. Toujours comme ça.
On attend.
L’aéroport
6h17.
Tout est passé vite. Sécurité. Scan. Contrôle.
Le corps avance, mais la tête… pas encore.
Je m’assois.
Et là… pause.
À travers les vitres, le ciel commence à changer.
Un lever de soleil discret. Rien de spectaculaire. Juste assez pour rappeler que la journée existe.
Je respire.
— « Ok… ça y est. »

Entre deux mondes
L’avion Ryanair est là. Brutal. Direct. Sans charme.
On marche sur le tarmac.
Le vent froid coupe un peu. Le sol est encore humide.
— « Boarding, boarding! Quick please! »

Tout va vite. Aujourd’hui tout va trop vite.
Je monte les marches.
Un regard en arrière.
L’Italie derrière. Déjà.
Suspension
Dans l’avion, les gens dorment, scrollent, fixent dans le vide.
Une femme parle doucement au téléphone en italien.
Un couple se chicane à voix basse.
— « Je t’avais dit de vérifier… »
— « C’est bon là… »
Je ferme les yeux.
Entre deux villes.
Entre deux versions de moi.
Barcelona
La lumière change.
Plus chaude. Plus vive.
Dès la sortie, ça frappe.
Escalator.
Je monte lentement. Mon ombre apparaît devant moi.
Clair. Net.
— « Ok… ça c’est autre chose. »

Revenir à la surface
La ville est déjà en mouvement.
Terrasses. Bruits. Conversations rapides.
Un serveur passe avec des assiettes qui sentent l’huile d’olive et le café.
— « Dos cafés! »
Je marche.
Regarde les façades. Les courbes. Les textures.
Tout est vivant. Même les murs.
Détails
Un immeuble qui semble fondre sous le soleil.
Un escalier en spirale, presque irréel.
Des balcons remplis de plantes.
Des gens qui prennent leur temps… mais pas vraiment.
Et moi au milieu.
Encore en décalage.











Réalité
Je réalise quelque chose.
Ce n’est pas juste un déplacement.
C’est une rupture.
Venise était lente, floue, presque silencieuse.
Barcelone est nette. Bruyante. Affirmée.
Et moi… je dois me recalibrer.
Fin
Je m’arrête un instant.
Respire.
— « Ok… nouvelle ville. Nouveau rythme. »
Et sans vraiment m’en rendre compte…
Je recommence.

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