Je pensais vivre une journée “simple” : marcher, voir Paris, boire un bon café. Finalement, c’est Paris qui m’a mené—du Canal Saint‑Martin aux terrasses mythiques, jusqu’à une bataille absurde contre une boîte “PAYÉ”, et une fin de soirée nerveuse, coincé entre fatigue et bruit.
Le Canal Saint-Martin
Je sors de l’hôstel vers 11 h 30, le sac léger et la tête encore un peu embrumée. Dans l’entrée, ça sent le désinfectant et le café tiède. Une fois dehors, Paris me saute au visage : des voix, des pas pressés, et un soleil franc de fin mars.
Sur le chemin du métro, le Canal Saint‑Martin s’impose. Je m’arrête quelques minutes, juste pour regarder l’eau accrocher la lumière. L’air est frais, calme, presque propre. Je respire plus lentement, comme si je me donnais le droit de commencer doucement.

2,90 euro pour une bouchée de pain
La douceur dure exactement jusqu’à la faim. Dans un mini‑marché, j’achète une pizza faite en long : 2,90 €. Première bouchée… deuxième… et je comprends. C’est mou, fade, pas pantoute inspirant.
— « Non… c’est pas bon, ça. »
Je prends une troisième bouchée par orgueil, puis j’abandonne, avec cette honte absurde qu’on réserve aux repas ratés.
Le métro m’avale, avec son odeur de métal et de parfums mélangés. Quand je sors, je marche vers les Galeries Lafayette, attiré par le mouvement de foule. À peine entré, une femme au téléphone lâche avec une voix un peu criarde, outrée :
— « Je ne vais pas te regarder prendre de la cocaïne devant moi toute la journée ! »
Je fige une seconde. Puis je ris intérieurement, parce que Paris a le sens du direct! C’est mieux qu’une télé séries.
Je traverse le rayon Homme : des marques françaises bien alignées, des tissus qui se laissent toucher. Une musique tourne et reste dans ma tête : “Pas si vite” de DjeuhDjoah & Lieutenant Nicholson.
Je lève ensuite les yeux : la coupole, immense, lumineuse. Je monte jusqu’à la terrasse gratuite; le vent me pince les joues. Là-haut, la galerie s’étire, et je me sens minuscule… mais étrangement solide.
Je redescends, je marche jusqu’à l’Opéra de Paris. Photo, rapide, juste pour attraper le moment.

Ensuite, je file au Café de la Paix. Je m’assois et je commande, sans hésiter :
— « Un double expresso, et un Perrier, s’il vous plaît. »
Le café réveille. Le Perrier pétille comme une récompense.



Je pense prendre l’autobus. J’attends, puis j’en ai assez.
— « Bon. J’y vais à pied. »
Trente minutes plus tard, j’arrive au Café de Flore, les jambes chaudes et l’esprit déjà plein. Le légendaire Café de Flore l’endroit où les intellectuels d’une époque se retrouvaient.

À ma gauche, une dame parle de son gynécologue, tranquille, puis des Pyrénées ou situation pelvienne je ne sais plus, comme si tout ça coulait de source. Devant elle, un homme son copain porte une chemise rose, jeans, veste chic… et une casquette bleue “US Open Championships 2025”. À ma droite, quatre personnes échangent en espagnol, rapides, vivantes.
Le serveur passe, je le fixe du regard, ne me voit pas, puis revient, surpris :
— « Pardon… je ne savais pas que vous étiez l’une de mes tables. »
— « Aucun souci. »
Je demande un croissant au beurre.
— « Plus de croissant à cette heure. »
Je prends un café et un croque‑monsieur. Le pain craque, le fromage tire : simple, chaud, parfait avec un peu de moutarde française.

Je poursuis vers L’Écritoire, au 61 rue Saint‑André des Arts. J’entre en quête d’un objet rare, d’un carnet qui ferait “clic” dans la tête. Mais rien ne me saute dessus : surtout des Moleskine de différentes couleurs. Je ressors avec les mains vides et un petit rire : parfois, même Paris n’a rien à vendre.
À La Vie Claire, une épicerie bio, je prends quatre savons de Marseille pour compléter le paquet que je veux envoyer au Québec. Puis je retourne à l’hôstel chercher les macarons pour ma nièce. Je les tiens comme un trésor. Et je me dis : « OK, Poste. »
Premier bureau : la file, les soupirs. Je demande une boîte internationale large. On cherche à l’arrière : rien. On me redirige vers un autre bureau de poste à 15 minutes de marche . Dans le second, une dame m’accueille avec un sourire qui rassure.
— « On va y arriver. »
Je paie la boîte, je m’installe, je remplis les formulaires d’envoi et la déclaration de douane. Je pèse chaque ensemble d’items, et j’écris tout soigneusement.
Tout est prêt… et la boîte de macarons n’entre pas. Ça bloque net. Un homme en petit polo rouge, style uniforme, s’approche et aide, sans poser de questions. On essaie. On tourne. On pousse. Rien.
— « Vous pourriez l’échanger pour une autre boîte », dit-il.
Je pointe le gros tampon rouge : PAYÉ.
— « L’autre est plus chère… et celle-ci est déjà payée. »
Là, c’est comme si mon cerveau s’arrêtait un instant : vraiment, ma bataille du jour, c’est une boîte! Vraiment?
Je sors. Je marche, je cherche une solution. Je finis dans un magasin de baklava : l’odeur de miel m’attrape au passage. J’achète du nougat et je demande deux boîtes de carton. Le vendeur ne comprend pas trop; je paie un euro de plus et je pars.

Dehors, au milieu de deux rues où, plus tôt, il y avait un marché sous des tentes, je m’accroupis. Je transfère les macarons dans la nouvelle boîte que je dépose sur le trottoir, concentré, un peu ridicule. Une dame s’arrête, me regarde faire, et dit :
— « La personne qui va recevoir cela est… chanceuse. »
Elle me raconte sa fille au pensionnat, les colis envoyés, la distance. Elle vient du Nigeria. Quand je dis que je viens du Canada, on bascule en anglais; je précise que je viens du Québec, la partie francophone. Il reste deux macarons : je lui en donne un, elle semble vouloir les deux, je mange l’autre. Elle s’éloigne doucement.
Je renforce la boîte avec des collants, je replace les papiers, j’ajoute les savons et même une autre boîte vide pour que tout tienne. Je ferme. Je traverse la rue et je retourne déposer le colis à la Poste Française. Encore la file.
Au guichet, on corrige quelques infos… et tout à coup, l’ordinateur efface tout.
— « Oh non… »
On appelle une collègue, puis une autre. Rapidement, ils sont quatre à regarder l’écran.
— « Il y a un bug avec le logiciel », lâche quelqu’un.
Vingt minutes passent. La file s’allonge jusqu’à dehors. Finalement, ils réinitialisent, on ressaisit tout, et ça fonctionne. Je quitte la Poste avec un peu de gêne, mais surtout un soulagement lourd.
Je rentre à l’auberge vidé. Douche. Lessive. Je prépare mon sac : réveil vers 3 h du matin pour marcher et prendre le bus vers l’aéroport. Quand tout est lavé et rangé, il ne reste que le sommeil.



Dans mon lit, une musique musulmane se met à jouer trop fort. Un homme chante, ou récite des prières à voix basse. Ça dure près d’une heure. Je tente d’ignorer, de respirer, de calmer deux stress : ne pas me réveiller… et réveiller les autres en me levant.
Et juste avant de sombrer dans le désespoir, je comprends que ma journée ressemble à Paris : belle, imprévisible, et incapable de se taire! Je n’ai pas dormi.

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